Ma découverte du candaulisme
CANDAULISME
Léontine


Nous avions pris le métro comme deux gens ordinaires qui rentrent chez eux. Marc tenait ma main. Pas fort — juste assez pour que je sente ses doigts, leur chaleur, leur légère pression qui voulait dire : je suis là, je te regarde, je veux voir.
L'appartement de Vincent était au cinquième, rue du Bac. Une de ces adresses parisiennes qui sentent la cire et le vieux bois, avec un ascenseur en fer forgé trop petit pour deux personnes pressées. Marc et moi n'étions pas pressés. Nous avions attendu cette nuit depuis des semaines.
Vincent avait ouvert la porte en costume — veste enlevée, col ouvert, le genre d'homme qui sait recevoir sans en faire trop. Grand, quarante ans, un regard calme qui prenait son temps sur moi. Il m'a embrassé la main. Geste désuet, parfaitement calculé. J'ai senti quelque chose se déposer au creux de mon ventre.
Marc s'est assis dans le fauteuil en cuir, face au canapé. Il avait l'air détendu. Il ne l'était pas — je connais ses mâchoires, leur légère tension quand il contient quelque chose d'immense.
Vincent m'a servi du champagne. Nos doigts se sont frôlés sur le verre.
— Tu es exactement comme Marc me l'avait décrit, a-t-il dit.
Je n'ai pas demandé ce que Marc avait dit. Je ne voulais pas savoir. Je voulais juste rester dans ce moment où tout était encore possible, où rien n'avait encore eu lieu et où pourtant tout était déjà en train d'arriver.
C'est Vincent qui a bougé le premier. Il a posé son verre, s'est levé, et s'est approché de moi avec cette lenteur délibérée des hommes qui savent que le temps leur appartient. Sa main s'est posée sur ma nuque — ferme, chaude — et il m'a regardée une longue seconde avant de pencher la tête vers moi.
J'ai tourné les yeux vers Marc.
C'est là que tout s'est allumé.
Marc me regardait. Pas avec détachement — avec une intensité que je ne lui avais jamais vue, quelque chose entre la fierté et le désir pur, une façon de me posséder du regard pendant qu'un autre me touchait. Ses yeux sur moi pendant que les lèvres de Vincent effleuraient les miennes. Ses yeux sur moi pendant que je laissais aller ma tête en arrière.
Je n'avais jamais été aussi consciente de mon propre corps.
Vincent a défait les boutons de ma robe dans mon dos — lentement, un par un, comme on tourne les pages d'un livre qu'on ne veut pas finir. La soie a glissé sur mes épaules, sur mes bras, jusqu'au sol.
J'ai entendu Marc retenir son souffle.
Ce son — ce tout petit son — m'a traversée de haut en bas.
Vincent m'a conduite vers le canapé, a fait glisser les bretelles de mon soutien-gorge, et j'ai senti son regard descendre sur moi avec quelque chose d'attentif, de presque respectueux. Ses mains suivaient ses yeux — lentes, explorant sans hâte, apprenant la géographie d'un corps qu'il découvrait.
Pendant tout ce temps, je regardais Marc.
Et Marc me regardait.
C'était ça, le vertige. Pas Vincent — enfin, pas seulement Vincent. C'était le regard de Marc posé sur ma peau, ce regard qui me possédait autrement, qui disait : je te vois, je te vois vraiment, plus qu'avant, autrement qu'avant.
Vincent m'a allongée sur le canapé et s'est agenouillé devant moi. Ses mains sur mes hanches, ses lèvres sur mon ventre, descendant lentement pendant que ma respiration se transformait en quelque chose d'incontrôlable.
Je me suis arc-boutée vers lui.
J'ai cherché Marc du regard — il s'était penché en avant dans le fauteuil, les coudes sur les genoux, les yeux rivés sur nous. Sa main gauche serrait l'accoudoir. Je voyais sa gorge se contracter quand il avalait.
Ce spectacle-là — lui qui regardait — m'a fait basculer.
Je me suis laissée aller sous les mains et la bouche de Vincent en gardant les yeux fixés sur Marc, et c'est ce regard-là, ce regard de possession et de don mêlés, qui m'a emmenée là-bas la première fois.
Après, Vincent s'est allongé contre moi et m'a retournée face au dossier du canapé. J'étais à genoux, les mains agrippées au cuir, et il s'est placé derrière moi avec cette même lenteur calculée qui me rendait folle.
Marc s'était levé.
Il s'était approché sans un mot et s'était accroupi devant moi, face à moi, nos visages à quelques centimètres. Il a posé sa main sur ma joue.
Et pendant que Vincent entrait en moi depuis derrière — lentement, profondément, me faisant plier les bras pour garder l'équilibre — Marc me regardait dans les yeux.
Il ne me touchait pas autrement. Juste cette main sur ma joue, ce regard qui ne me lâchait pas.
Les mouvements de Vincent sont devenus plus amples, plus profonds, et à chaque fois je voyais quelque chose passer dans les yeux de Marc — comme si chaque vague qui me traversait lui appartenait aussi, comme si mon plaisir était le sien d'une façon qu'aucun mot ne peut contenir.
— Regarde-moi, a murmuré Marc.
Je l'ai regardé.
Et je suis tombée une deuxième fois, les yeux dans les siens, la main de son ami dans mes hanches et la sienne sur mon visage, dans cet appartement parisien qui sentait la cire et le champagne et quelque chose de nouveau que je n'avais pas de nom pour appeler.
Plus tard, nous avons dormi tous les trois dans le grand lit de Vincent — moi au centre, les deux hommes de chaque côté. Marc a cherché ma main dans le noir. Je la lui ai donnée.
— Tu allais bien ? a-t-il chuchoté.
— Je n'ai jamais été aussi bien, j'ai répondu.
Il a serré mes doigts une fois, fort. C'était sa façon de dire : moi non plus.