Mes vacances avec Mélissa

LESBIEN

Léontine

Toscane, juin

Ce n'était pas prévu.

Rien de ce qui compte vraiment ne l'est jamais.

Mélissa et moi nous connaissions depuis l'université — douze ans d'amitié, de confidences, de weekends improvisés et de fous rires qui finissent en larmes. Nous nous connaissions dans les moindres détails, pensions-nous. Nos habitudes, nos peurs, nos façons d'aimer les hommes et de les quitter.

Ce que nous ne savions pas encore, c'est ce que nous étions l'une pour l'autre.

La villa était en Toscane, louée pour une semaine — une bâtisse en pierre ocre avec une piscine à débordement qui donnait sur les collines, des oliviers partout, une cuisine ouverte sur une terrasse où nous dînions chaque soir avec du vin local et des tomates encore chaudes du soleil.

Nous étions seules. C'était voulu. Deux semaines après une rupture difficile de mon côté, Mélissa avait dit : on part. Juste nous. Et j'avais dit oui sans réfléchir.

Les journées avaient un rythme parfait et simple.

Le matin, café fort sur la terrasse, figues fraîches, silence. Vers onze heures, la piscine.

Mélissa avait apporté des maillots que je ne lui avais jamais vus — elle avait fait du shopping avant de partir, avait-elle dit avec ce sourire vague qui voulait dire qu'elle ne voulait pas qu'on lui pose de questions. Je comprendrais pourquoi plus tard.

Le premier jour, elle était descendue au bord de la piscine dans un deux-pièces triangle minimaliste, noir, les bonnets à peine assez larges pour couvrir l'essentiel, le bas une simple ficelle sur les hanches avec un triangle de tissu devant — le genre de maillot qu'on porte quand on n'a plus peur de rien. Elle s'était allongée sur le transat sans me regarder, comme si c'était parfaitement ordinaire.

Ce n'était pas parfaitement ordinaire.

Le mien n'était pas en reste — une brassière sport crème en matière côtelée, fine, qui devenait presque translucide mouillée, avec un bas brésilien haut sur les hanches. Nous nous étions regardées depuis nos transats avec ce mélange de complicité et de quelque chose d'autre que ni l'une ni l'autre n'avait nommé.

Les jours suivants, les maillots avaient encore diminué.

Mélissa en bandeau une pièce ouvert dans le dos jusqu'aux reins, si fin qu'il semblait oublié sur elle. Moi en bikini à armatures dorées, bonnets coquille, un bas minuscule avec des liens dorés sur les hanches qui se dénouaient d'un geste. Nous portions des huiles solaires que nous nous appliquions mutuellement dans le dos — geste ordinaire entre amies qui ce week-end avait une lenteur nouvelle, une attention que je remarquais sans analyser.

Au bord de la piscine, allongées côte à côte, nous lisions sans vraiment lire. Nos peaux bronzaient de la même façon, dorées et lisses. À un moment le genou de Mélissa avait effleuré le mien et aucune de nous n'avait bougé.

Le quatrième soir, nous étions allées dîner au village.

Mélissa portait une robe en lin blanc, très simple, bretelles fines, le genre de robe qui n'a besoin de rien dessous et n'en porte pas. Ses cheveux relevés en chignon haut, deux boucles d'oreilles en or, des sandales plates. Elle était belle d'une façon que je n'avais jamais regardée en face.

Je portais une robe courte en soie bordeaux, dos nageur, qui suivait les formes sans s'y attarder. Des mules à talons. Du rouge sur les lèvres — je n'aurais pas su dire pourquoi ce soir-là, pour aller manger des pâtes dans un village toscan avec mon amie de toujours.

Nous avions bu du Brunello di Montalcino — trop cher, trop bon, impossible de s'arrêter. Puis un digestif, puis un autre. La conversation avait glissé, comme elle glisse toujours après deux bouteilles — vers les choses vraies, les désirs inavoués, les questions qu'on ne pose pas en plein jour.

Mélissa avait dit à un moment, les yeux dans son verre :

— Tu as déjà pensé à une femme ?

Long silence.

— Oui, j'avais dit.

Elle avait levé les yeux.

— Moi aussi.

Nous n'avions pas dit autre chose. Nous avions terminé nos verres, payé l'addition, et pris le chemin de la villa sous un ciel toscan plein d'étoiles.

La villa était fraîche et silencieuse.

Mélissa avait allumé quelques bougies dans le salon, mis une musique basse — quelque chose de lent, de presque sans mélodie. Elle m'avait versé un verre de vin que je n'avais pas demandé et que j'avais pris quand même.

Nous étions debout dans la cuisine, face à face, et le silence entre nous n'était plus tout à fait le même silence que d'habitude.

C'est elle qui avait bougé.

Elle avait posé son verre sur le plan de travail, s'était approchée, et avait effleuré ma joue du bout des doigts — si légèrement que j'aurais pu prétendre ne pas l'avoir senti.

Je ne l'ai pas prétendu.

— On peut s'arrêter quand on veut, avait-elle dit.

— Je sais.

— Et tu veux ?

J'avais regardé son visage — ce visage que je connaissais depuis douze ans, ses yeux clairs, sa façon d'incliner légèrement la tête quand elle attendait une réponse. Et j'avais vu quelque chose que je n'avais jamais cherché à voir parce que je ne savais pas que c'était là.

— Non, j'avais dit. Je ne veux pas m'arrêter.

Ce qui m'a frappée d'abord, c'est à quel point c'était familier.

Pas dans le sens attendu — dans le sens profond. Toucher un corps de femme quand on en possède un soi-même, c'est comprendre d'instinct ce qui fait du bien, où chercher, combien de temps rester. Mélissa touchait avec cette intelligence-là, et moi aussi, et entre nous il n'y avait pas de maladresse, pas de tâtonnement — juste cette reconnaissance immédiate.

Ses mains dans mes cheveux, défaisant les quelques épingles qui retenaient mon chignon. Ma robe bordeaux dénouée dans le dos — deux liens, rien d'autre. Elle avait laissé le tissu glisser lentement, les yeux sur moi, avec quelque chose dans le regard que je n'avais vu chez aucun homme — une attention totale, une façon de voir sans consommer.

J'avais fait la même chose avec sa robe en lin. Le tissu blanc tombé sur le carrelage frais.

Nous nous étions regardées une seconde dans la pénombre du salon, nues et immobiles, et j'avais pensé : je ne reviendrai pas de l'autre côté de ce moment. Pas de la même façon.

Nous nous étions allongées sur le canapé large du salon, la fenêtre ouverte sur la nuit toscane, le chant des grillons dehors.

Mélissa était au-dessus de moi, ses cheveux tombés de leur chignon répandus sur mes épaules.

Elle avait commencé par mes seins — sa bouche sur l'un, ses doigts sur l'autre, avec cette symétrie attentive qui me faisait cambrer les reins. Sa langue tournait lentement, s'attardait, reprenait, et je sentais chaque mouvement se répercuter bien plus bas, comme un fil tendu entre sa bouche et le creux de mon ventre.

Quand elle avait glissé entre mes cuisses, elle n'avait pas été directe — délibérément. Ses lèvres sur l'intérieur de mes genoux, remontant par l'intérieur des cuisses, s'arrêtant juste avant d'arriver, recommençant de l'autre côté. Le genre de patience qui rend folle.

Quand elle avait enfin posé sa bouche sur moi, j'avais agrippé le coussin des deux mains.

Elle prenait son temps — une lenteur précise, rythmée, qui apprenait mes réponses et les utilisait. Sa langue plate d'abord, large, couvrant tout, puis la pointe, localisée, insistante sur l'endroit exact qui me faisait rentrer le ventre. Puis ses doigts — deux, lentement, profondément — pendant que sa bouche continuait, et cette double sensation simultanée m'avait ôté toute capacité de penser à quoi que ce soit d'autre.

Elle avait senti le moment approcher avant moi — changé légèrement de rythme, accéléré de façon imperceptible, maintenu une pression constante et régulière qui ne s'est pas interrompue même quand mes hanches s'étaient soulevées, même quand j'avais posé ma main dans ses cheveux sans savoir si c'était pour la retenir ou la presser encore.

Quand je suis tombée c'était lentement, profondément, avec ce genre de plaisir qui ne ressemble pas à une vague mais à une marée — qui monte, qui monte, et qui ne se presse pas de redescendre.

Mélissa avait posé sa tête sur mon ventre ensuite et nous étions restées comme ça, silencieuses, à regarder les ombres des bougies sur le plafond.

À mon tour, j'avais pris le temps de la découvrir.

Je l'avais allongée sur le dos et m'étais penchée sur elle, hésitante une seconde — pas de peur, de nouveauté — avant que son souffle dans mon cou ne dissipe tout.

J'avais commencé par ses épaules, sa gorge, la courbe de ses seins — plus petits que les miens, avec des mamelons plus sombres qui se tendaient sous mes lèvres. J'avais pris le temps de sentir sa réponse — ce léger cambrement, ce souffle raccourci — et je m'étais attardée là, apprenant par l'écoute ce que les mots n'auraient pas su transmettre.

Quand j'avais glissé ma main entre ses cuisses, elle les avait écartées légèrement — une invitation sans ambiguïté. Sa peau était douce, chaude, et elle était déjà tellement prête que mes doigts s'étaient naturellement imprégnés d'elle. J'avais commencé lentement — un effleurement d'abord, à peine — et son bassin avait répondu en cherchant davantage.

Je m'étais positionnée entre ses jambes et avais posé ma bouche sur elle.

Le goût — doux, chaud, intime — m'avait traversée d'une façon inattendue. Pas étrange. Familier, presque. Ma langue avait cherché, trouvé, appris la géographie précise de son plaisir pendant que mes mains reposaient à plat sur ses hanches pour sentir chacune de ses réponses.

Quand j'avais ajouté mes doigts — doucement, un d'abord, puis deux — elle avait laissé échapper un son bas, presque surpris, qui m'avait donné envie de recommencer indéfiniment.

Elle avait dit à un moment, les yeux fermés, avec un souffle :

— Là. Reste là.

Et j'étais restée là, maintenant ce rythme précis et régulier jusqu'à ce qu'elle se perde complètement, les cuisses refermées légèrement sur ma tête, les doigts dans mes cheveux, la respiration brisée en petits éclats.

Nous avions dormi ensemble, les fenêtres ouvertes sur les collines.

Au matin, le café, les figues, la terrasse. Le même rituel qu'avant mais avec quelque chose de changé dans l'air — pas de gêne, pas de distance, au contraire. Une intimité nouvelle qui s'était posée sur l'ancienne sans l'effacer, qui l'avait complétée.

Mélissa m'avait regardée par-dessus sa tasse.

— Tu vas bien ?

— Très bien. Toi ?

— Très bien.

Un silence.

— On n'a pas besoin d'en faire plus que ça, avait-elle dit.

— Je sais.

— Mais si tu voulais...

J'avais souri.

— Je voulais.

Elle avait souri aussi.

Nous avions bu notre café en regardant les collines toscanes dans la lumière du matin, et rien n'avait changé entre nous, et tout avait changé entre nous, et c'était exactement comme ça que ça devait être. content